mardi 5 novembre 2013

Tribune libre.




Complainte sous x.


Vous me permettrez de me présenter ici, pour la tribune libre qui m’a été offerte sur ce blog, sous un anonymat total. Je ne veux pas être reconnu et risquer représailles et gronderies, tant pour moi que pour mes hôtes du moment.



Je suis un superbe berger des Pyrénées, bien plus aimable que mon prénom le laisse entendre. J’ai de qui tenir, et je devrais représenter ma famille dans les grands concours internationaux. Ah, pour l’international, je suis servi : on me trimballe, dans des conditions déplorables vers les destinations les plus improbables : jusqu’en Mongolie en 2011, en Turquie en 2012, et maintenant au Brésil et si j’ai bien compris, y’en a pour des mois et des mois. Moi qui rêve des grands hôtels de Londres, de New-York et de Saint Pétersbourg, des moquettes profondes des palaces et de blondes shampouineuses au petit soin, des photographes de la presse spécialisée et de premiers prix en cascade, on m’impose une vie de romanichel. Y sont pas vraiment méchants, M et J, mes maîtres, je crois même qu’ils m’aiment un peu. Surtout elle, elle me lâche pas, mais alors quand je dis qu’elle me lâche pas, elle me lâche pas ! De jour, de nuit, dans la cellule, comme il dise : si au moins elle bougeait pas tout le temps, la cellule, je pourrais croire que c’est ma niche, mais ça saute sans arrêt, ça accélère, ça freine, ça fait des embardées… Et quand on me fait descendre, c’est au bout de la laisse : alors les filles, je peux même pas leur renifler le derrière : ma libido, ils s’en tamponnent ! Et si j’aboie un chouia quant passe un pelé du coin, sont tous pelés, on me dit de la fermer. C’est pas une vie, même pas de chien. Enfin, depuis quelques jours, on me laisse courir un peu dans la montagne, mais la plupart du temps, je suis pas le bienvenu dans ce pays en tout cas pas dans les restaurants, pas dans les magasins, pas dans les parcs nationaux : dès que je peux, je me casse en douce et j’essaye les églises, vu qu’y en a des tas.
Bon, c’est pas tout ça, faut que je me rentre : le petit moment d’intimité dont j’ai profité va pas durer des plombes, à leur âge.





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