lundi 21 août 2017

Sar Aga Seyed, village médieval.


Quitter Chiraz en fin de matinée n'est pas une mince affaire, par des kilomètres de banlieue et un circulation effrénée. La vielle voiture d'une famille iranienne nous dépasse en klaxonnant, cinq gamines sur-excitées gesticulant et criant des bonjours et des bienvenues: devant ou derrière nous, s'efforçant de se maintenir à notre niveau, à droite ou à gauche, le ballet durera une bonne demi heure, avant que l'éclatement d'un pneu les force à s'arrêter sur le bas côté.
Après un repas dans un petit resto, nous reprenons la route qui grimpe au flanc des mont Zagros longeant la chaîne des sommets qui nous dominent, d'abord à 2500 m, puis à 3000 et jusqu'à presque 4500 m. Dans de grands bassins métalliques, les truites élevées dans les piscicultures du coin attendent le client et le coup de massue final. Nous en achetons une belle pour le dîner.







Nous entrons en pays "bakhtiari". Les bergers nomades poussent de grands troupeaux de chèvres et de moutons vers leurs pâturages d'été. Ont ils bien pris la clé des champs, a-t-on donné la clé au pâtre? Leur progression est bien lente et difficile: ils ne nous regardent pas, ne répondent pas à nos saluts.




Les campements des bakhtiaris sont tout ce qu'il y a de plus sommaire.



Après la petite ville de Chelgerd, nous prenons une piste qui doit nous mener, en une vingtaine de kilomètres à l'ancien village de Sar Aga Seyed.




Avant d'attaquer la montée, près de cette langue de glace descendue dans la vallée, six jeunes femmes (no photo)attendent le passage de l'un de ces pick-up iraniens, presque toujours de couleur bleue qui transportent bêtes, marchandises, hommes, femmes et enfants sur les plus petites routes de montagnes, vieux véhicules increvables et passe-partout. Jacques propose d'en prendre deux à bord, finit pas les charger toutes! Sans communication entre la cabine et la cellule, je ne charge que les bagages, six gros sacs d'une bonne trentaine de kilos que les femmes transportent sur le dos, retenus par des courroies qui leur blessent le front.
La montée est sévère, la piste endommagée par l'eau de fonte, nous serrons les fesses et ferions peut être demi-tour si nous n'avions pas charge de passagers ou de bagages. Par chance pour nous, les bagages ne sont pas bavards et ne cherchent à s'emparer ni des lunettes , ni d'une paire de chaussettes, pas plus qu'ils ne réclament un peu d'argent.
Nous passons un col en longeant un mur de glace et arrivons sur le plateau à plus de 3000 m, pensant débarquer ici notre chargement. Non, ces dames vont plus loin et nous repartons pour une descente vertigineuse, de plus de 1000 m, épingles à cheveux qui nécessitent une manœuvre, torrents d'eau dans les cailloux. Suspendues au dessus du ravin, des tentes improvisée abritent femmes et enfants, autour de la bouilloire brûlante pour le thé. Sans doute attendent elles l'arrivée des hommes et des bêtes, demain, dans trois ou huit jours...







Il nous faut deux heures pour parcourir les 20 km de piste et arriver enfin au village. Les passagères récupèrent les sacs et disparaissent dans les ruelles du village, qui sont tour à tour torrents, escaliers ou égouts, pour desservir les nombreux niveaux d'habitation. Le toit de chaque maison, charpente de bois grossier et terre crue sur un polyane déchiré constitue la terrasse du voisin du dessus où courent les enfants de tous ages, sans soucis du danger, et où se rassemblent les hommes en fin de journée, pour bavarder et profiter du paysage somptueux.











L'instituteur, qui nous a servi de guide, nous entraîne chez lui pour un thé amical sur le tapis qu'il a tiré sur la terrasse. ( Tapis tiré sur la terrasse ? N'y a-t-il pas la matière à contrepèterie ? Si vous trouvez, n'hésitez pas, la rubrique "Blagues à part" vous accueillera avec plaisir.)



Chapeau de feutre rond et manteau plissé de toile blanche rayée de marine, le costume traditionnel des messieurs.


Nous faisons quelques achats inutiles dans les deux épiceries sommaires du village, histoire de faire tourner le commerce, avant de nous installer, plus ou moins bien, devant l'école, pour notre bivouac.

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